Pagayer ou digérer, il faut choisir

par Alain HELUWAERT
médecin du sport
mise à jour du 01/08/2013


Pagayer c’est contracter sa musculature abdominale et parfois avoir des émotions fortes qui libèrent des catécholamines. L’appareil digestif n’apprécie pas celà pour faire son travail post-prandial (d’après repas). Les contractions musculaires abdominales lors du soulèvement de charge, de la flexion du tronc, de la mobilisation des membres supérieurs vers le haut, lors du pagayage intensif, provoquent le reflux du contenu gastrique acide vers l’œsophage ; ce qui peut déclancher des brûlures ascendantes (pyrosis), des éructations, des régurgitations voire des vomissements, parfois des douleurs thoraciques oppressantes ou une gêne pharyngée. La libérations de catécholamines est à l’origine de perturbations digestives :

  • au niveau du sphyncter inférieur de l’œsophage, des spasmes ;
  • au niveau de l’estomac, distension avec aspiration d’air qui reste bloqué du fait du spasme du sphyncter inférieur de l’œsophage ;
  • au niveau du colon, les spasmes se traduisent par des douleurs, des ballonnements, de la diarrhée ou de la constipation.

La réponse individuelle varie de quelques brûlures oesophagiennes, quelques éructations, un peu de ballonnement à d’épouvantables aigreurs, des douleurs thoraciques angoissantes, d’éprouvantes diarrhées motrices.
L’hygiène alimentaire est incontournable : même ceux qui ont un « estomac magnifique » finiront un jour ou l’autre par en souffrir s’il le malmènent.

Les règles pour un repas digeste 

  • choisir des aliments connus comme bien tolérés et rapidement digérés : ils sont cuits, pauvres en graisse, riches en glucides (soupes de légumes, purées, riz au lait, compotes). Les boissons ne contiennent pas d’alcool, ni de caféine (boissons énergisantes) qui favorisent la béance du sphyncter oesophagien inférieur et ralentit la vidange gastrique (fausse impression de « bien digérer »), ni de bulles qui gonflent l’estomac et favorisent la remontée dans l’œsophage, ne sont pas acides (acide sulfurique du coca-cola® et autres sodas) ;
  • repas pris assis (pas de snaking), au calme, lentement, en mastiquant bien les solides.

Le repos post-prandial doit être suffisament long : en théorie de trois heures après un petit déjeuner pantagruélique, il peut être raccourci en choisissant des aliments glucidiques dilués. Le repas de midi devrait être réduit à des boissons d’attente faute de quoi une sieste d’au moins une heure s’impose. La position couchée favorisant le reflux oesophagien, mieux vaut surélever légèrement le tronc (arbre, hamac). Le transit gastrique des aliments est d’autant plus rapide que la dilution approche de 5%, que la quantité est modérée (fractionnée), que les graisses sont absentes, qu’il se fait au calme. Dès la fin de la compétition ou de l'activité intensive une collation réparatrice s'impose : produit laitier, fruits, pain.
Le repas du soir peut être copieux et moins restrictif, étant entendu qu’on s’abstient ensuite de toute activité physique et que l’ingestion excessive d’alcool et de graisses nuit gravement à la qualité du sommeil.
Le tabac à une action délétère sur la digestion, contrairement au cannabis et aux opiacés, mais eux positivent le contrôle antidopage, énervent les « autorités » et peuvent nuire gravement à la navigation en cas de dose inadaptée.
Pour conclure, l’appareil digestif a une fonction vitale (relire la fable d’Esope qui lui est consacrée) et son malmenage génère des troubles qui peuvent facilement passer à la chronicité et envahir votre vie quotidienne. Les règles d’alimentation énoncées plus haut s’imposent avant de recourir à des médicaments dont on évitera l’automédication.
Digérez bien !