LE DROIT À LA PARESSE POUR LE SPORTIF
BLESSÉ, MALADE OU FATIGUÉ

par Alain HELUWAERT
médecin du sport

D'après un texte paru dans Remous, N°1, mars 1993,
mise à jour du 17/09/2009

Le sport c'est la santé ! cette maxime est assenée, avec le qualificatif de tire-au-flanc, pour celui qui sous prétexte d'un ennui de santé souhaite se reposer : le certificat médical d'exemption serait un geste de complaisance. Il est cependant quelques situations qui devraient inciter à la prudence.

Le syndrôme grippal
Nombres d'affections virales bénignes sont qualifiées de grippes parce qu'elles provoquent un peu de fièvre, des courbatures et un état de fatigue intense. Certains virus sont responsables d'une atteinte du muscle cardiaque inapparente ; cette atteinte myocardique n'est pas diagnostiquée à l'examen médical clinique et peut évoluer vers des séquelles lorsque le cœur n'est pas ménagé : des lésions fibreuses responsables de troubles du rythme cardiaque pouvant causer une mort subite (dysplasie arythmogène du ventricule droit). Laissons donc les grippés et autres infectés fatigués se reposer dix à quinze jours avant de reprendre une activité physique intense. Ce repos, trop court pour faire perdre les bénéfices de l'entraînement, permet également d'éviter l'évolution vers un état de fatigue prolongé.

Les petits traumatismes
Les blessures musculaires, tendineuses ou ligamentaires guérissent pour la plupart en une quinzaine de jours, si le segment concerné est mis au repos, éventuellement immobilisé par un strapping, une attelle voire un plâtre. Lorsque cette phase de cicatrisation n'est pas respectée, le risque est l'évolution vers un état chronique et douloureux, source de contre-performances : tendinite, instabilité ligamentaire, douleurs du rachis, fragilité musculaire. Avec un peu de patience, un simple bobo ne se transformera pas en une pathologie ostéo-articulaire invalidante.

Les symptômes survenant à l'effort ou après l'effort
Un malaise, une syncope, des palpitations, des douleurs thoraciques ayant pour particularité de survenir pendant ou après l'effort doivent inquiéter et justifier le recours au médecin du sport ou au cardiologue. Ces troubles peuvent être l'expression d'une maladie cardiaque et méritent un examen clinique, un électrocardiogramme de repos et selon l'avis médical des explorations plus spécialisées (échocardiographie, ECG d'effort, profil tensionnel d'effort, holter).
Le risque d'un accident cardiaque à l'effort est majoré lorsqu'il existe des antécédents familiaux d'affections cardiaques ou métaboliques et chez le sportif de plus de 40 ans lorsqu'il est fumeur, atteint d'anomalies des métabolismes des lipides ou du glucose, ou lorsque son entraînement est intermittent et sa pratique déraisonnable.

L'athlète fatigué
Un état de fatigue peut-être la conséquence d'un surentraînement ou bien plus souvent d'un entraînement mal planifié, "malmenage": mauvaise répartition des séances, séances trop prolongées, trop intenses, mal structurées. La charge de travail doit prendre en compte les activités non sportives  : trajets, scolarité ou profession, loisirs...
La qualité du sommeil est essentielle pour une bonne récupération. Un état de fatigue matinal disproportionné avec l'activité du sujet peut être révélateur d'un trouble anxieux voire dépressif. La fatigue intense, dès le lever, inexpliquée, s'atténuant à l'effort est un des signes cardinaux des troubles pyschiques.
Le surentraînement et le malmenage s'accompagnent de troubles cardiaques évocateurs (tableau I). Le sujet n'a pas faim, maigrit. Il devient irritable, il a des difficultés d'endormissement. Les traumatismes et les infections sont plus fréquents et apparaissent comme un refuge ou une excuse à l'échec. Les performances diminuent et l'entraîneur est tenté d'accroître le travail pour maintenir les résultats : course aboutissant au découragement et à l'abandon du sport. Là encore, une mise au repos au bon moment, puis la reprise d'une activité adaptée permettent de préserver l'avenir.En cas de malmenage, la fatigue est disproportionnée à la charge de travail et ce n'est pas le repos, mais l'adaptation des séances dans leur rythme et leur contenu qui permettra de retrouver la forme. Rappelons que pour obtenir une surcompensation, origine de l'amélioration des performances, l'organisme doit passer inévitablement par une phase de récupération de quelques jours (selon le type et l'intensité de l'effort) pendant laquelle la répétition de l'exercice a un effet nocif : compter 48 heures après un entraînement en endurance bien conduit ou une journée de compétition. Sur le plan bio-énergétique, ce droit à la paresse est une obligation ! Cette nécessaire récupération est bien évidemment en contradiction avec l'apprentissage des techniques et surtout avec les idées d'entraîneurs qui doivent occuper leurs équipes et pour qui les résultats seraient proportionnels à la charge d'entraînement.

Tableau I: les signes de surentraînement ou de « malmenage » sportif :

• État de fatigue prolongé.

• Baisse des performances sportives et des résultats scolaires.

• Récupération plus longue ou imparfaite.

• Augmentation habituelle de la fréquence cardiaque au repos.

• Douleurs musculaires.

• Modification de la pression artérielle habituelle (plusieurs mesures).

• Profil tensionnel d'effort anormal.

• Perte d'appétit.

• Poids inférieur à celui de forme.

• Irritabilité.

• Troubles du sommeil.

• Plus grande vulnérabilité aux infections.


Le rôle du médecin
Le recours au médecin lors d'un état de fatigue a pour but de vérifier l'absence de maladie ou de carence (fer) ; le médecin (du sport) peut poser le diagnostic de surentraînement et donner les conseils qui s'imposent. Inutile de réclamer un fortifiant baptisé de façon pédante "anti-asthénique" dont l'action ne repose que sur le mythe de la potion magique (effet astérix, variété de l'effet placebo).

Pour une bonne pratique du sport, les malades doivent être guéris, les traumatismes consolidés, les cardiaques dépistés, les fatigués reposés. Les temps de récupération doivent être respectés. Réservez la notion de tire-au-flanc à l'adjudant de service et faites en sorte que sport s'associe non à souffrance et contrainte, mais à plaisir et bien-être.