De bonnes dents pour une pratique sportive optimale

par Alain HELUWAERT
médecin du sport
1 octobre 2013


Les infections
le professeur Alan Cooper et son équipe de l’université d’Adélaïde( Australie) ont étudié la flore bactérienne de la plaque dentaire de trente quatre squelettes d’hommes préhistoriques européens. Ils ont retrouvé l’ADN des bactéries qui étaient présentes dans la bouche de nos lointains ancêtres. La conclusion de leur travail de février 2013 est que la flore bactérienne buccale des chasseurs-cueilleurs était variée et leur état bucco-dentaire bon.  Cette variété s’est fortement appauvrie avec l’introduction de l’agriculture au néolithique, plus encore il y a deux siècles, à la révolution industrielle, avec l’usage généralisé des sucres et farines raffinés. Cela s’est accompagné d’une dégradation importante de l’état bucco-dentaire.
Les infections à Porphyromonas gingivalis menacent notre bouche autour de la dent du fait de gingivites et parondontites responsables d’abcès, d’ostéites du maxillaire et de chutes des dents : l’alimentation à base de céréales résultant de la révolution agricole du Néolithique en est la cause. La dent elle-même est la cible de streptoccus mutans, creuseur de caries et de granulomes apicaux, sélectionné par la consommation excessive des sucres et farines raffinées.
La flore buccale est majoritairement constituée de streptocoques, de lactobacilles, de neisseria et de candida en équilibre entre eux. Grâce aux systèmes de défense naturels présents dans la salive, la prolifération des bactéries est limitée. Les résidus alimentaires glucidiques l’augmentent tout en favorisant des bactéries pathogènes.
Notre bouche d’occidental moderne est prédisposée à l'infection qui nous expose à de brutales et violentes douleurs anéantissant toute performance ou plaisir sportif. Serrer les mâchoires lors de l’effort intense devient impossible. Les dents se déchaussent ou sont rongées par la carie. Leur chute nuit à la mastication des aliments et à l’occlusion dentaire. Les foyers infectieux souvent occultes sont le point de départ d’une dissémination bactérienne dans la circulation sanguine notamment vers le cœur (endocarde, coronaires) et les artères cérébrales. L’infection chronique est cause de fatigue, d'aggravation de certaines maladies.
Limiter la plaque dentaire par le brossage prolongé manuel ou électrique (le dentifrice n’a pas d’effet démontré), c’est bien. Traiter les lésions débutantes (douleur, saignement, déchaussement, carie, mobilité) et faire un bilan annuel systématique chez le dentiste avec détartrage, c’est mieux. La radiographie panoramique dentaire, telle qu’elle est imposée aux sportifs de haut niveau, permet un bilan précis et révèle les lésions latentes. La peur du dentiste n’a plus de base rationnelle avec l’amélioration des techniques. Il faut traiter avant la chute dentaire et, lorsque celle-ci survient, réparer et empêcher l’évolution d’autres lésions.
Les bains de bouche antiseptiques sont controversés : lorsqu’il sont efficaces, ils anéantissent la flore buccale et diminuent la transformation des nitrates salivaires en nitrites. Ils ne doivent pas être utilisés systématiquement.
Les aliments à haute teneur glucidique, par ailleurs source énergétique pour les muscles et le cerveau, sont d’autant plus nocifs qu’ils restent en contact buccal prolongé. La mode des boissons énergétiques ou énergisantes utilisées à longueur d’entraînement ou de divertissement apparaît nocive : on leur préférera l’eau pure, le thé non sucré.
Autant que possible on recherchera les céréales complètes et une alimentation diversifiée, riche en fruits et légumes avec fromage ou yaourt non sucré en fin de repas (pour l’apport en lactobacilles).
Le tabac contribue également au déséquilibre de la flore buccale.
J’ai voulu aller au delà du « fais pas ci, fait çà », mais in fine on en arrive au conseil basique : brosser les dents correctement, consulter le dentiste annuellement, se soigner précocément, avoir une alimentation variée sans boissons sucrées, ni grignotage.
PS 1: pour la technique du brossage dentaire veuillez revoir votre cours de maternelle...
PS 2 : une étude a été réalisée sur des sportifs ayant participé aux jeux Olympiques de Londres en 2012 et publiée lund i30 septembre 2013 dans le British Journal of Sports Medicine. L'étude porte sur environ 300 athlètes représentant 25 disciplines sportives, qui sont passés par la clinique dentaire du village olympique pour se faire examiner, soigner ou plus simplement pour s'approvisionner en protège-dents. Plus de la moitié présentaient des caries (55,1%) et 44,6% avaient des signes d'érosion dentaire modérée à sévère. Beaucoup souffraient de "maladies parodontales". En particulier 76% des athlètes examinés souffraient de "gingivites". Les chercheurs appellent à une action "urgente" pour promouvoir la bonne santé dentaire chez les sportifs de haut niveau.

Les traumatismes dentaires
certaines de nos pratiques exposent aux fractures dentaires. Le coup de pagaie en kayak-polo et le choc avec un rocher lors d'un esquimautage en eau vive sont deux circonstances classiques de fracture de dent. Les pratiquants du kayak-polo se doivent de porter une grille sur leur casque et les descendeurs de rivières "encombrées" adoptent fréquemment un casque avec une protection du bas du visage.


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