Pagayer de bon coeur
par Alain Heluwaert
médecin du sport
01/06/2010
corrigé le 01/08/2013

Merci à Catherine et Pierre-Alain pour leur relecture


Les quelques accidents cardiaques survenus sur les stades et transmis en direct à la télé ont sensibilisé le public et les "responsables institutionnels" au risque de mort subite d'origine cardiaque dans la pratique sportive. Ce qui a déclanché des mesures aberrantes : les sportifs les moins "à risque" du fait de leur âge et de leur pratique régulière bénéficient d'examens sophistiqués et répétés et de défibrilateurs. Ces bilans ne retrouvent chez les pagayeurs du haut-niveau que de rares anomalies, le plus souvent compatibles avec une pratique intensive. La mortalité par accident cardiovasculaire des pagayeurs de haut-niveau est nulle depuis au moins trente ans.

Circonstances de survenue
Les morts subites d'origine cardio-vasculaire répertoriées lors de la pratique des sports de pagaie sont peu fréquentes, de l'ordre de deux par an. Elles sont survenues chez des personnes de plus de 35 ans, au cours ou au décours d'efforts intensifs ou éprouvants (pratique de l'eau-vive en loisirs, au décours d'un marathon, lors d'une randonnée en mer, conditions météo ou de température défavorables). Un pagayeur occasionnel sollicite intensément son coeur, aussi fort qu'un sportif de haut niveau, pour faire sa performance, qu'il s'agisse d'une compétition ouverte aux vétérans, d'un rallye, d'une sortie de loisir sportif. Rappelons qu'en 2010, la catégorie vétérans (35 ans et plus) représente la moitié des titulaires de la carte canoë+; le risque de mort subite d'origine cardiaque dans la pratique sportive est d'actualité dans cette population vieillissante.
La faible incidence de la mort subite chez le pagayeur est sans doute liée à un effort moindre développé avec les membres supérieurs. Elle est aussi sous-estimée du fait de l'évolution vers la noyade. Elle doit être suspectée dès lors que la cause (dessalage) apparaît disproportionnée par rapport à la conséquence (décès), que les circonstances sont inconnues (pagayeur isolé retrouvé décédé), que les gestes de secourisme réalisés précocément et correctement ont été inefficaces, que la victime est plus âgée (après 35 ans).

La mort subite d'origine cardiovasculaire
Elle survient dans un contexe de trouble du rythme cardiaque rendant la pompe cardiaque brusquement inefficace. Le groupe des cellules myocardiques contrôlant ce rythme produit une stimulation du myocarde trop rapide (tachycardie ventriculaire) ou anarchique (fibrillation ventriculaire). La cause en est habituellement (>80%) une hypoxie du myocarde par spasme d'une artère coronaire anormale ou son obstruction (thrombose ou rupture d'une plaque d'atérome) .
Le plus souvent cet accident n'est précédé d'aucun signe évocateur. Des troubles prémonitoires de souffrance du myocarde ont pu être négligés ou peuvent précéder l'accident et être négligés du fait des contraintes liées à la navigation. Des douleurs thoraciques oppressantes et irradiant dans les bras et la mâchoire, une sensation de malaise avec essoufflement survenant à l'effort sont typiques d'une ischémie du myocarde.

Pour pagayer de bon coeur passé 35 ans il faut  ;
- évaluer ses facteurs de risque  ;
- faire un bilan cardiaque avec un cardiologue en cas de troubles liés à l'effort, de facteurs de risque  ou passé l'âge critique ;
- avoir une activité physique régulière en endurance  ;
- pas d’effort immédiatement après un repas  ;
- pas de compétition ou d’effort intense en cas d’infection, de fièvre ou de fatigue anormale ;
- début et fin d’effort progressifs ;
- interrompre à temps un effort mal toléré ;
- s'acclimater au froid ou à la chaleur, adapter son habillement, limiter les risques, savoir renoncer par grand froid (lire la page dédiée)  ;
- pas de bain ni douche trop chaud après un effort sportif ;
- signaler à son médecin les symptômes dépendant des efforts : douleurs thoraciques, malaise, gêne respiratoire inhabituelle.

La prise en charge de l'accident cardiaque est bien codifiée : massage cardiaque efficace (bouche à bouche inutile), choc électrique précoce avec un défibrillateur, médicalisation des secours. Contrairement aux plages, les bords des rivières sont éloignés des centres de secours, les services mobiles d'urgences interviennent tardivement et l'hélicoptère est exceptionnellement utilisé. Pour localiser un défibrillateur automatique (piscine, baignade, centre nautique, gare, mairie, gymnase) il faut le demander lors de l'appel au SAMU départemental qui tient la liste à jour.

Revenons sur les facteurs de risque
- antécédant cardiaque familial (décès d'un parent ou grand-parent avant soixante ans de mort subite ou d'infarctus),
- antécédant personnel de maladie cardiaque notamment de trouble du rythme,
- hypertension artérielle confirmée  avec des pressions au repos régulièrement ≥ 14cmHg pour la systolique et ≥ 9 cmHg pour la diastolique,
- addiction au tabac (consommation quasi quotidienne, quelque soit la dose),
- diabète type 2,
- hyperlipidémie,
- stress chronique.

Dès 35 ans s'il existe deux facteurs de risque ou des antécédents familiaux, à 40 ans(homme) out 50 ans ( femme) pour les autres,  il faut absolument consulter un cardiologue (en faire la demande à son médecin traitant et en changer s'il refuse) pour faire le bilan que l'on réserve aux sportifs de haut-niveau : examen clinique, électrocardiogramme de repos puis d'effort, profil tensionnel d'effort, bilan biologique voire échocardiographie. En profiter pour se faire aider à mieux corriger les éventuels  facteurs de risque :
- en arrêtant de fumer,
- en contrôlant mieux l'hypertension (moins de sel), le diabète ou l'hyperlipidémie (moins de gras animal),
- en recherchant une alimentation privilégiant poissons et fruits de mer, légumes (frais, secs) et fruits (frais, cuits, secs, jus), succédanés protidiques du lait à base de soja (boisson, caillé, tofu, miso), le vin rouge (une bouteille de 75 cl pour trois jours), thé vert, chocolat noir (30 grammes de cacao par jour), huile d'olive (cuisson) ou de colza (salades) de façon à limiter : la charcutaille (sel, gras animal), la barbaque (gras animal, nitrosamines par crâmage), les produits laitiers (lait, yaourt, fromage, beurre), les plats cuisinés, le coca et autres canettes énergisantes, le sel (plats cuisinés, charcuterie, pain, fromages ,amuses-geule, de nombreux aliments sont trop riches en sel).
- en mettant éventuellement en route un traitement préventif (anti-aggrégant, anti-arythmique).
- en acceptant le suivi régulier  proposé par le cardiologue.

L'activité physique modérée, prolongée et régulière, est bénéfique pour le système cardio-vasculaire.
La réponse au stress est améliorée, la pression artérielle moyenne baisse, les bilans glycémique et lipidiques s'amendent en même temps que la masse grasse diminue. Il n'y a pas d'âge limite pour l'usage raisonnable de la pagaie.

En savoir plus :
AFSSA : La santé vient en mangeant . INPES, 2002.
Amoretti R. : Mort subite du sportif. Cours de la capacité de médecine du sport, Pitié-Salpétrière, 2005.
Bacquaert P : la mort subite du sportif. Site internet IRBMS; 2007.
Jouanin JC : Le sport après 50 ans. Cours de la capacité de médecine du sport, Pitié-Salpétrière, 2005.




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