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La prévention des otites externes
et des exostoses du conduit auditif
chez les pratiquants de l'eau vive et du wave-ski


Alain HELUWAERT
docteur en médecine
mise à jour 01/06/2011

Rappel physiologique
Le conduit auditif externe (CAE) est un tuyau d’environ trois centimètres de long formé par un fibrocartilage protégé par une peau épaisse dans sa partie externe et un conduit osseux recouvert d’un mince revêtement cutané dans sa partie interne. Le rôle du conduit n’est pas seulement de transmettre les vibrations sonores mais aussi de protéger la membrane tympanique des agressions.
Les cellules du conduit auditif migrent vers le méat de l'oreille entre 6 et 12 semaines et ne desquament pas, le cérumen est un enduit protecteur : le système est autonettoyant.

La pathologie
Otite externe : lorsque le conduit est irrité par le coton-tige, des gouttes ou une stagnation d’eau, l’irritation ou la macération favorisent le développement des populations bactériennes locales (staphylocoques et pyocyaniques). L’infection qui en résulte provoque de vives douleurs majorées par la traction sur le lobule du pavillon auriculaire. Il peut y avoir un écoulement purulent, une sensation d’oreille bouchée.

Exostose : il s’agit du recouvrement du conduit osseux par des lames périostées circulaires qui en réduisent le diamètre. La principale cause de cette atteinte est l’irritation par de l’eau froide du périoste du conduit auditif externe (CAE) dans sa partie osseuse. Les turbulences des vagues, l’esquimautage, entraînent des projections d’eau en profondeur. L’eau froide est le facteur thermique et mécanique provoquant des excroissances osseuses qui obstruent de manière latente le conduit auditif. Une surdité, une sensation d’oreille bouchée, des otites externes à répétition, des douleurs ou des bourdonnements d’oreille peuvent être révélateurs d’une exostose.

Prévention des otites externes
Elle repose sur les principes suivants :
- Le conduit auditif externe est protégé par un enduit, nettoyer le conduit est par conséquent nocif : le coton-tige entrave la migration de la peau et provoque l'accumulation de cérumen, cause d'otite externe. Le cérumen doit être respecté en proscrivant l'usage du coton-tige, « le pire ennemi de l'oreille », ainsi que l'utilisation de solutions antiseptiques, détergentes et potentiellement irritantes.
- La persistance d'eau dans le conduit, qui s'y infiltre malgré casque et cagoule est le facteur déclenchant par macération plus que par pollution. Il est possible d'évacuer cette eau en fin de séance en s'allongeant sur le dos, tête défléchie, pendant quelques minutes et éventuellement en utilisant le souffle chaud d'un sèche cheveux placé à une quinzaine de centimètres de l'oreille avec de l’air pas trop chaud. Il existe des modèles à brancher sur l'allume-cigare de la voiture.
- Le troisième point repose sur le traitement adapté des épisodes infectieux en consultant un spécialiste ORL qui pourra diagnostiquer une exostose.

Prévention des exostoses
après immersion du CAE dans de l’eau froide, il faut le rincer à l’eau douce et tiède pour réchauffer les téguments. Il faut éviter les cotons-tiges qui lèsent la peau très fine du CAE. L’utilisation du sèche-cheveux comme conseillé précédemment permet de réchauffer le CAE. Un suivi annuel par le médecin généraliste des sujets exposés est souhaitable pour réaliser un examen otoscopique. Le port d’embouts auriculaires et de cagoules en hiver est efficace et semblent retarder l’apparition ou freiner l’évolution des exostoses.

Moralité
Avant d'accuser la pollution lors d'une otite externe récidivante, soupçonnez d'abord le coton-tige et les traitements approximatifs voire aggravants, voire une exostose. Ce n’est pas l’eau sale mais l’eau FROIDE qui est responsable de exostoses et il faut prendre les précautions utiles pour éviter son contact avec le CAE osseux.
Les trois ennemis du CAE sont le coton-tige, les gouttes irritantes et l’eau froide.

GILBART E : les exostoses du conduit auditif externe : une étude réalisee sur 81surfeurs bretons. Thèse doctorat en médecine ; Rennes, 15 janv. 2008.
SCARLI RJ. : Plongée sous-marine et otites externes à répétition. Concours Med. 1998 ; 120-30 : p 2072.