imprimer la page  page d'accueil avec index

Pagayer assis prédispose-t-il aux lombalgies et lombosciatiques ?

Dr Alain HELUWAERT
01/11/2013


Longtemps j’ai pensé que les activités annexes au pagayage étaient les principales causes de pathologies lombaires : manutention, dessalage, musculation. Lors du suivi médical des sportifs de la F.F.C.K. en listes du haut niveau, de 2001 à 2005, j’ai pu constater, dans les équipes de course en ligne, qu’il n’y avait aucune pathologie vertébrale chez les canoéistes, alors qu’elle était fréquente et parfois sévère chez les kayakistes. Leur entraînement, la manutention, la pratique de la musculation étaient identiques. Si le service médical de la F.F.C.K. s’en donne la peine, cela sera confirmé sur une plus longue période et dans les autres disciplines.

À genoux ou sur un genou (position dite tchèque) le rachis est stable et les trois courbures physiologiques (lordose lombaire, cyphose dorsale, lordose cervicale) sont maintenues. Ces trois courbures sont vitales dans la protection des disques intervertébraux et des articulations interapophysaires, points faibles du rachis.
http://didyv.unblog.fr/files/2011/05/lescourburesphysiologiquesvertebrale.pdf
La position assise, que ce soit en kayak ou aviron, sur une chaise ou sur le sol, à vélo, peut devenir inconfortable voire nocive lors de l’effort. Contrairement à l’évidence, on ne s’assoie pas sur ses fesses mais sur son squelette. On distingue trois façon de s’asseoir :
En appui ischiatique, le poids du haut du corps repose sur les ischions : l’équilibre est instable, mais les courbures sont respectées , la lordose lombaire est conservée voire accentuée. Les structures intervertébrales sont protégées lors de l’effort. En kayak la stabilité est améliorée par les calages des pieds et des cuisses (pieds uniquement en course en ligne), possiblement par un dosseret placé au creux de la lordose lombaire. Les muscles des cuisses ont alors un rôle stabilisateur. L’appui de la pagaie sur l’eau aide également à la stabilité du tronc. La sollicitation des trapèzes pour maintenir la lordose cervicale peut être douloureuse.
On peut aussi s’asseoir en appui ischio-sacré : le tronc repose sur les ischions et la face postérieure du sacrum et du coccyx, le bassin est en rétroversion, le rachis lombaire perd sa lordose, l’équilibre se fait par une cyphose dorsale accentuée voire un appui postérieur (hiloire, dosseret). Dans cette position le rachis lombaire est vulnérable lors des efforts et des chocs.
Troisième position assise possible : en appui ischio-fémoral, le tronc se penche en avant. La lordose lombaire s’efface et la cyphose dorsale s’accroît. Cette position s’observe lorsque le pagayeur est assis sur un siège haut et large : canoë de randonnée, pirogue, dragon boat. Le pagayage est un élement de stabilisation et de redressement du tronc.
Lorsqu’il existe un dysfonctionnement intervertébral ou des lésions des disques intervertébraux et des articulations interapophysaires postérieures, la position assise est rapidement pénible : douleurs lombaires irradiant dans les fesses ou sur le trajet du nerf sciatique, contracture des muscles paravertébraux et ischio-jambiers, raideur lombaire. La position en cyphose lombaire (appui ischio-sacré) soulage la douleur. La contracture des ischio-jambiers évolue à la longue vers la rétraction, ce qui tire le bassin en rétroversion.

La position du siège par rapport à l’horizontale est essentielle pour protéger le rachis lombaire. Le siège standart favorise souvent l’appui ischio-sacré et la rétroversion du bassin. Par des essais répétés, il convient d’adapter son incidence jusqu’à obtenir un appui ischiatique et un maintien sans effort de la triple courbure vertébrale. À défaut de siège réglable ou de recours à la scie, un calage en mousse ou élastomère de silicone, voire un t shirt a le même objectif : obtenir l’antéversion du bassin et la triple courbure vertébrale.
Le bord antérieur du siège peut comprimer les nerfs sciatiques , ce qui provoque un engourdissement passager des deux membres inférieurs. Là encore la bascule du siège vers l'avant supprime la compression.
En calant les membres inférieurs, en allongeant le rachis dorsal, en repoussant le menton en arrière, en portant le regard vers l’horizon, le kayakiste en action contribue à la stabilité de cette position. Lorsque des douleurs apparaissent, il est bénéfique de débarquer, marcher, réaliser des extensions du rachis et des étirements des ischio-jambiers.
Lorsqu'il y a appui sacro-coccygien du fait d'une mauvaise position du siège ou d'une attitude antalgique avec rétraction des ischio-jambiers, des douleurs coccygiennes (coccygodynies) sont possibles à la longue et rendent alors pénible la position assise.

Le saut en kayak d’une chute d’un dénivelé supérieur à deux mètres expose au risque de tassement vertébral. La réception à plat, le manque de profondeur à la réception sont les causes habituelles du traumatisme des vertèbres lombaires ou dorsales. Le risque immédiat est la paraplégie, ce qui impose une immobilisation, un bilan en urgence, le port d’un corset platré. Plus tard se développe une arthrose vertébrale possiblement invalidante. http://www.eauxvives.org/fr/pages/peschier_chutes

Pour moi, le kayakiste a un rachis encore plus vulnérable que le commun des mortels. La pratique alternée du canoë et du kayak peut permettre de limiter le traumatisme du rachis lombaire lors d’un entraînement intensif. La vie quotidienne et le travail offrent de nombreuses occasions de rester longtemps et mal assis ou de traumatiser son rachis : il est judicieux d’y réfléchir et de mettre en application les principes connus d’ergonomie et de protection du dos.
http://www.sofmmoo.com/publications/livres/drevet/drevet.htm
Certains sports sont réputés traumatisants pour le rachis (comme gymnastique, parachutisme,judo) : évitez de les associer au kayak.
Enfin la musculation, notamment dans les exercices utilisés pour la sélection du haut niveau (tirade de planche, développé-couché), est à l’origine de traumatismes et micro-traumatismes et doit être adaptée en fuyant les haltères (lettre éditoriale de janvier 2010).

Quant à pagayer debout avec un contre-appui du talon comme en Birmanie ou en stand up paddle …

Vous êtes kayakiste, alors :