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Incidences de la canicule sur la santé du pagayeur

Alain HELUWAERT
docteur en médecine
médecin du sport
mise à jour : 01/08/2013


 

 

le pagayeur participe du biotope aquatique et la sècheresse ou la canicule ne manquent pas d'avoir des effets significatifs sur sa santé.
L'hyperthermie
Le rendement énergétique de l'organisme humain est voisin de celui de la machine à vapeur (principe de Carnot) et toute activité physique impose l'évacuation de l'excédent de chaleur produite afin de ne pas coaguler les protéines, ni mettre l'ordinateur cérébral en erreur fatale (température centrale atteignant 41°C). Les systèmes efficaces en extérieur par grande chaleur sont l'évaporation, notamment de la sueur, la conduction (bain frais) et la radiation (sieste dans un emplacement frais et ombragé). Le pagayeur coureur de fond est exposé au même risque de coup de chaleur que le soldat de Marathon : la déshydratation limite la production de sueur donc l'évaporation. Dans la mesure où il est fortement déconseillé de consommer l'eau de la rivière, le sportif embarqué se doit de transporter avec lui sa réserve de boisson et d'aliments hydratés (fruits) au même titre et en même quantité que tout clampin clopinant sur terre. Une eau non potable peut néanmoins être utilisée pour favoriser le rafraîchissement corporel par l'évaporation d'un vêtement ou d'un couvre-chef mouillé. En dernier recours, il y a le bain. Bien évidemment il convient de limiter l'intensité de l'activité physique et de pratiquer la sieste aux heures les plus chaudes.
Les maladies infectieuses
le contact avec l'eau n'est pas sans inconvénient au plan infectieux : si les cyanobactéries y prolifèrent, c'est la dermatite de contact assurée et qui dit de cette eau chaude et stagnante qu'elle n'est pas contaminée par de méchants leptospires? Il n'est donc pas inutile de rappeler, ressasser, radoter qu'en cas de fièvre élevée, maux de tête, douleurs musculaires, survenant entre quatre jours et trois semaines après un contact avec l'eau douce ou la vase des berges, il faut consulter sans attendre et rappeler au médecin ce risque de leptospirose lié à nos pratiques. Avec un traitement précoce, l'évolution vers une forme grave semble limitée.
Quand à boire l'eau de la rivière ! la sécheresse, en limitant le débit des effluents d'égout, améliore sans doute le fonctionnement de nos vétustes stations d'épuration. Mais foi de coquillage, il reste dans l'eau suffisamment de germes, pour l'essentiel des norovirus, pour coller une diarrhée carabinée à l'imprudent. Lorsque la consommation est importante (enfant), on prend le risque supplémentaire d'une hépatite toxique (cyanotoxines).
La noyade
Baignade rime avec noyade... La canicule incite à la baignade, notamment en rivière hors des zones contrôlées, voire en bravant les interdictions. L'intervention des secours, très rapide en bord de mer du fait d'une veille d'hélicoptères, atteint des délais mortels dans nos rivières isolées.
La canicule pousse aussi à se dévêtir et à adopter une tenue nautique réduite, à négliger le port du gilet d'aide à la flottabilité. Si l'eau est chaude, peu de problème. Mais ce n'est pas le cas des torrents alpestres qui crachent la fonte accélérée des glaciers. Mal protégé, le dessalé risque l'épuisement par refroidissement musculaire et la noyade. Le choc thermique lors de l'immersion peut être responsable d'une syncope ou de troubles du rythme cardiaque (voire d'un infarctus) chez le sujet prédisposé. Il apparaît donc primordial de tenir compte pour la tenue de bateau de la température de l'eau et de respecter la règle des trois couches (sous-vêtement hydrophobe, couche intermédiaire hydrophobe, anorak imper-respirant) dès que celle-ci s'abaisse vers les 10°C.
Sauver sa peau
la pratique nautique sportive implique une exposition prolongée aux radiations solaires majorée par la réverbération. Les zones cutanées les plus exposées sont la face (front, nez, oreilles), le cou, les mains et avant-bras. Les radiations solaires sont carcinogènes, proportionnellement à la dose totale reçue. Il convient donc de conserver dans nos pratiques un vêtement adapté et notamment un couvre-chef. L'apparition ou la modification d'un naevus, l'évolution traînante d'une lésion croûteuse dans une zone cutanée découverte justifient un avis médical.
Le coup de foudre
La canicule s'accompagne d'orages aussi fréquents que peu prévisibles. Evitez les activités de loisirs de plein-air par temps d'orage. Soyez attentifs aux prévisions météo et à la présence de cumulo-nimbus. Lorsque le temps entre éclair et tonnerre est inférieur à cinq secondes, débarquer et se disperser (quelques mètres). Aux positions allongée ou assise, mieux vaut préférer la position accroupie, pieds joints et mains ne touchant pas le sol, pour éviter qu'il se crée une différence de potentiel entre deux parties du corps en contact avec le sol lors d'un impact proche (foudroiment par effet de pas).Tenez-vous loin des arbres isolés ou de tout objet en hauteur. Évitez les endroits découverts. Choisissez plutôt un boisé où les arbres sont plus courts que ceux avoisinants. Évitez les cabanes en bois. L'endroit de prédilection pour se mettre à l'abri est l'intérieur d'une construction solide. Une voiture dont le toit est en tôle, dont les fenêtres sont fermées et l'antenne rabattue constitue également un bon refuge (consulter la page foudre).

Tout cela pour rappeler que ce n'est pas parce que l'on est jeune et en bonne santé (apparente... dirait le Dr Knock) qu'il faut négliger les risques sanitaires environnementaux !