le risque lié aux leptospires

Page réalisée par Alain HELUWAERT
docteur en médecine, médecin du sport
mise à jour le16/04/2017

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Les leptospires
Le genre Leptospira comprend un grand nombre d'espèces regroupées en deux groupes :
- Leptospira interrogans, avec au moins huit espèces pathogènes pour de nombreux mammifères, accidentellement l'homme, et qui comprend approximativement 230 sérovars répartis en 23 sérogroupes. Le sérovar est le taxon de base du genre Leptospira.
- Leptospira biflexa, comprend des espèces non pathogènes et saprophytes des eaux douces.
Les sérogroupes pathogènes les plus fréquemment rencontrés en France métropolitaine sont Icterohaemorrhagiae, Grippotyphosa, Australis, Sejroe, Panama, Canicola.
La leptospirose est une maladie animale (zoonose) répandue dans le monde entier, particulièrement en zone tropicale. Elle peut toucher tous les jeunes mammifères. La maladie peut être grave ou inapparente. Elle aboutit à un portage chronique au niveau du rein et une émission de leptospires dans les urines surtout lorsqu'elles sont alcalines (herbivores, rongeurs). Ce portage rénal chronique d'animaux en bonne santé est essentiel dans la persistance et l'épidémiologie de la leptospirose. Les leptospires survivent plusieurs mois dans le milieu extérieur humide sauf s'il est acide ou salin. On les retrouve dans les eaux intérieures, qu'elles soient troubles ou claires, calmes ou vives (lâchers d'eau de retenues contaminées), toute l'année avec une recrudescence en été et automne.
Certains sérovars ont des hôtes préférentiels (non exclusifs) : par exemple Leptospira icterohaemorrhagiae et rats, L. Grippotyphosa et rongeurs agrestes type campagnols, L. canicola et chiens.
L'homme se contamine par le contact avec des animaux, leurs urines, leur carcasses ou avec le milieu naturel contaminé par l'urine : eau douce, sol humide, boue ou vase. La transmission interhumaine (sang et urines) est exceptionnelle.
Les hivers doux, les déchets alimentaires (poubelles, décharges) favorisent la pullulation des rongeurs. En revanche l'entretien des sites (tonte de pelouses, empierrement des berges) raréfie ces populations, de même que la réintroduction de prédateurs (putois, renards).

  La leptospirose humaine
La maladie est transmise accidentellement à l'homme chez qui elle induit une septicémie potentiellement mortelle.
En France métropolitaine, entre vingt à trente pratiquants du canoë-kayak sont touchés chaque année par la maladie, mais il n'a pas été signalé de décès dans la communauté du CK française depuis plus de cinq ans. Le risque semble majoré par une exposition intensive à l'eau contaminée (dessalage, esquimautage). L'ingestion d'eau contaminée n'est pas infectante. Les eaux des zones portuaires, massivement infestées par les rats, bien que salées sont contaminantes. L'été et l'automne sont les saisons les plus propices à la leptospirose.
Les leptospires pénètrent l'organisme par de petites plaies ou érosions cutanées (mycose interdigitale plantaire), par les muqueuses (naso-pharynx, trachée, conjonctive oculaire) ou par inhalation bronchique (noyade). Ils se propagent et prolifèrent dans la circulation sanguine au cours d'une période d'incubation sans symptôme variable de cinq à vingt jours.
La maladie se déclare ensuite brutalement par des maux de tête, de la fièvre (≥ 39°C), des douleurs musculaires (mollets), une conjonctivite. Les leptospires provoquent des lésions de la paroi des petits vaisseaux et sont à l'origine d'ischémie au niveau du rein, du foie, des méninges, de la conjonctive oculaire, des poumons. A ce stade d'invasion, les leptospires peuvent être détectés dans le sang (hémoculture, amplification génique-PCR).
C'est la connaissance d'une possible contamination dans les vingt jours précédents qui oriente les soupçons vers la leptospirose.
La suspiction de leptospirose lors d'une "grippe" peut s'appuyer sur des arguments présomptifs décrits dans l'archive "grippe ou leptospirose?"

Le diagnostic est confirmé par des examens de laboratoire spécifiques.
Le traitement par antibiotique doit être précoce, dès que la maladie est évoquée, après prélèvements sanguins (hémoculture, PCR) mais sans attendre la confirmation du laboratoire. Un traitement précoce prévient les formes graves possiblement mortelles, .
Les formes sévères bénéficient des progrès de la réanimation (hémodialyse, assistance respiratoire
).
Chez l'enfant la maladie se manifeste par une gastro-entérite fébrile d'évolution bénigne.
La maladie n'évolue jamais vers la chronicité et les dommages causés sont totalement réversibles au prix d'une fatigue qui peut se prolonger quelques mois.
Devant une fièvre isolée, vous pouvez évaluer votre risque en réalisant la check-list de l'OMS
.

Quelles précautions individuelles ?
les mesures de prévention préconisées pour les travailleurs (égoutiers, employés des abattoirs, agriculteurs) passent par le port de protections telles que combinaison, bottes, gants. Elles ne sont pas adaptées aux pratiquants des sports nautiques. On peut néanmoins proposer :
- port de botillons adaptés au nautisme, protégeant de la boue et de la vase ;
- traitement préalable des plaies (pansement imperméable) notamment des mycoses plantaires (plaies entre les orteils) ;
- limitation des activités à contact intensif avec l'eau (entraînement à l'esquimautage, kayak-polo, baignade) dans les rivières et plans d'eau suspects (département à forte incidence de leptospirose humaine, présence de nombreux rongeurs)
 ;
- douche (savon) et change complet immédiatement après la pratique
 ;
- pas de lavage à haute pression (créant un aérosol contaminant) des installations nautiques.
Lorsque des signes évoquant la maladie surviennent dans les vingt jours suivant une activité à risque, il est important de consulter rapidement un médecin, en lui signalant l'exposition au risque de leptospirose. Une consultation dans un service de maladies infectieuses ou d'urgence hospitalière permet d'optimiser la prise en charge.
Lors d'une expédition de quelques jours ou d'une compétition en zone à haut risque (pays tropical ou sub-tropical), il est possible, sur prescription médicale, de prendre un antibiotique (doxicycline) à titre préventif.

Et la vaccination ?
Elle n'est efficace que contre une seule variété de leptospires (L. icterohaemorrhagiae), certes responsable de formes graves, mais concernant moins de 30% des cas en métropole. Elle est justifiée individuellement lorsque le risque est important : professionnel , sportif de haut-niveau, pratique en zone tropicale-subtropicale. Elle ne dispense pas des précautions individuelles précédentes.
Contrairement à l'homme, le chien qui fréquente les bords de l'eau doit être systématiquement vaccinés chaque année.

Diagnostic en urgence par amplification génique
La fièvre et ses troubles associés (frissons, maux de tête, douleurs musculaires, douleurs articulaires diffuses) dûs la leptospirose n’ont rien d’évocateurs. Sa survenue  entre quatre jours et quatre semaines après une activité nautique en eau douce peut mettre sur la voie.
L’hémoculture est aléatoire et la sérologie trop tardive.
 L’évolution potentiellement grave justifie le recours à l’amplification génique (Lepto LipL) en urgence. Le laboratoire préleveur doit se mettre en rapport avec la Cellule d'Intervention Biologique d'Urgence (CIBU) à l’Institut Pasteur (téléphone du secrétariat : 01 40 61 38 08), télécharger et remplir le formulaire (https://www.pasteur.fr/sites/default/files/fiche_de_transmission_de_prelevements_a_la_cibu_0.pdf), respecter les protocoles de prélèvement et de transport. Le résultat est rendu en 12 heures maximum (24h/24 et 7j/7).

Documents

Nouvelles recommandations relatives à la prévention du risque chez les personnes exposées à la leptospirose (mars 2005) [pdf 772Ko]
Dépliant réalisé par la direction générale de la santé (commande : tel. : 01 40 56 60 00)
http://www.sante.gouv.fr/htm/pointsur/zoonose/depliant_leptospirose.pdf
Les facteurs de risques de leptospirose en France métropolitaine :une étude cas-témoin, juillet 1999-février 2000 - Institut de veille sanitaire Département des maladies infectieuses Télécharger le rapport au format Acrobat Reader ( pdf 3251K) ,
Leptospirose en France métropolitaine. Eté 2003 - télécharger au format pdf (493 Ko),

• Etude de l’incidence de la leptospirose dans le département des Ardennes, 1996-2005: le rapport en pdf : http://lorraine.sante.gouv.fr/cire/etud_inv/mal_infec/leptoard.pdf