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La noyade

Alain Heluwaert, médecin du sport
Rémy Masson, professeur de sport
mise à jour le 24/06/2008

Les expériences vécues par des pagayeurs chevronnés, quelques études fondées sur l'analyse des accidents déclarés aux assurances, les enquêtes menées par les cadres techniques fédéraux sur les accidents déclarés constituent une somme de connaissances permettant de dégager des causes et de proposer des règles de prévention.Ces dernières ont fait leur preuve en limitant la mortalité par noyade de pagayeurs en France métropolitaine à moins de dix cas par an.
À l'origine de la noyade en canoë ou en kayak sont impliqués, de façon isolée ou combinée, trois ordres de phénomènes :
• une situation de submersion impliquant le bateau, les pièges de la rivière, du plan d'eau ou de l'environnement maritime,
• l'épuisement du sujet avec hypothermie périphérique (musculaire) puis centrale,
• la perte de conscience par malaise, crise convulsive, trauma cranien cranien ou l’incapacité par traumatisme.

L’embarcation et les dangers de la rivière, du plan d'eau ou de l'environnement maritime sont habituellement impliqués dans la submersion
Le sujet est dans l'impossibilité de quitter son embarcation retournée ou coincée sous l'eau, du fait :
- d'une incarcération par des rochers, des branchages, un pieu, un câble, un raft, sous la poussée du courant,
- d'une déformation de la coque et/ou du pont avec coincement des membres inférieurs,
- d'éléments de rétention dans le bateau (calages, sangle, corde, hiloire),
- d'un enfoncement du corps dans une pointe du bateau par absence, insuffisance ou défaillance de calages.
Le sujet a quitté son bateau, mais les circonstances l'empêchent de maintenir sa tête hors de l'eau  :
- mouvement d'eau formant rappel (voir la page Danger barrage !),
- accrochage au fond par un pied, une pièce d'équipement (lacet, sangle, corde, emmanchure du gilet de sauvetage prise dans une branche),
- passage sous un obstacle (siphon, arbre, barge, raft),
- absence, perte ou insuffisance du gilet de sauvetage.

L’épuisement du sujet avec hypothermie périphérique (musculaire) puis centrale a un rôle majeur
Cette situation est retrouvée dans deux accidents mortels sur trois et peut s'associer aux facteurs précédents soit comme cause, soit comme aggravation de l'accident. L'exercice physique en canoë ou en kayak est source d’excès de chaleur, mais le risque de refroidissement au contact de l'eau froide ou par évaporation de vêtements mouillés ou par épuisement musculaire est à craindre : l'habillement du pagayeur doit prendre en compte ces deux facteurs opposés.
Le refroidissement musculaire s'accompagne de maladresse et de faiblesse dans les manœuvres ; la baisse de la température centrale se manifeste par une fatigue intense et un ralentissement idéatoire. L'esquimautage échoue, le dessalage se répète, la nage et les manœuvres d'auto-sauvetage sont inefficaces. Les enfants et les jeunes adolescents sont particulièrement vulnérables à l'épuisement et à l'hypothermie.
La coloration de la peau (pâleur, cyanose), les frissons, la mauvaise exécution des consignes et des manœuvres doivent alerter l'encadrement. Un sujet suspect d'épuisement et d'hypothermie doit être mis en sécurité sur la berge, réchauffé (vêtement sec ou sac de survie, boisson calorique et chaude), confié à un équipier ou un accompagnant.

Une perte de conscience ou un traumatisme rendent vulnérable
La pratique de nos disciplines peut mettre l'organisme à rude épreuve et il arrive qu'au décours d'un effort intense survienne un accident cardiaque avec perte de connaissance, dessalage et noyade. Une crise convulsive ou un accident vasculaire cérébral peuvent provoquer une perte de conscience prolongée. Un traumatisme crânien est possible lors d'un dessalage ou d'un esquimautage (absence ou perte du casque), également lors d'un plongeon récréatif. Une violente douleur peut déclancher une syncope. Un traumatisme sans perte de connaissance, comme une luxation d’épaule, réduit la capacité du sujet à se maintenir en surface.

La pratique solitaire et l’inexpérience sont des facteurs aggravants
Lors d’un accident, la présence d'au moins deux équipiers expérimentés peut être salvatrice :
- évaluation rapide de la situation,
- dégagement d'un bateau coincé,
- désincarcération de l'accidenté,
- mise en sécurité un sujet épuisé ou inconscient,
- appel des secours publics.
Du fait de l'éloignement habituel des centres de secours, ces équipiers doivent savoir pratiquer les premiers gestes d'urgence (réchauffement, réanimation cardio-respiratoire).
Les pratiquants isolés apparaissent particulièrement vulnérables.
Il en va de même pour les personnes inexpérimentées et non encadrées lorsqu'elles sont confrontées, au cours d'une activité d'apparence tranquille, à des dangers méconnus : barrage ou seuil avec rappel, arbre tombé barrant la rivière, crue, vents et courants contraires ou brusque changement de météo en mer. La prestation commerciale devrait privilégier la sortie encadrée à la location de matériel.

Dès l'initiation apprendre les gestes de sécurité et de secourisme puis les perfectionner en continu
La sécurité personnelle passe par le choix d'une embarcation, d'un équipement, d'un habillement adaptés à la pratique envisagée et d’un programme de navigation raisonnable. Elle requiert l’apprentissage de compétences et connaissances liées à la sécurité au même titre qu'à la technique et à l’environnement.
Avant de participer à une sortie en eau vive comme en mer, il faudrait avoir été initié aux rudiments techniques de sauvetage et de secourisme. Ces connaissances méritent d'être entretenues et complétées au contact de pagayeurs chevronnés (dans un club) et lors de stages tels qu'ils sont organisés par les comités départementaux et régionaux de canoë-kayak.
l’assistance ventilatoire associée au massage cardiaque majore les chances de survie sans séquelle majeure.
Dans tous les cas, il convient dès la première minute d’appeler les secours publics (112).
Si la personne respire, mettez-la en position latérale de sécurité de façon à ce qu'elle ne s'étouffe pas si elle est prise de vomissements.
En l’absence de mouvements respiratoires spontanés, l’assistance ventilatoire par bouche à bouche est le premier geste à réaliser. La quantité d’eau inhalée est habituellement faible et ne nécessite pas de geste particulier. Si la victime réagit, continuez le bouche à bouche jusqu’à reprise d’une respiration spontanée. En l’absence de pouls au bout de deux insufflations, un massage cardiaque est associé au bouche à bouche, ce qui implique le retrait du gilet de sauvetage.
Une lésion du rachis cervical est suspectée lorsque la noyade est consécutive à une chute ou à un plongeon  : l'axe entre la tête, le cou et le tronc doit être maintenu droit pendant toutes les manoeuvres de réanimation.
L’hypothermie protège le cerveau : bouche à bouche et massage cardiaque doivent  être maintenus avec conviction ljusqu’à l’arrivée des secours publics. Ce délai, habituellement réduit dans la zone littorale peut se prolonger pour accéder à une rivière.
Même si la victime a repris rapidement conscience, elle doit être conduite vers un service d’urgence dans un véhicule spécialisé, avec un monitorage et de l’oxygène.

Se soumettre à un examen médical de non-contre-indication
La prévention des accidents cardio-vasculaires justifie un examen médical de non-contre-indication à la pratique du sport, avec épreuve d'effort chez les sujets ayant des facteurs de risque : âge supérieur à 40 ans, diabète, tabac, hypertension, hyperlipidémie, antécédents cardio-vasculaires familiaux, surpoids, symptômes cardio-vasculaires (malaises, douleurs de poitrine). L'épilepsie, lorsqu'elle est bien contrôlée par le traitement, n'est pas une contre-indication : le sujet navigue en tandem avec un "ange gardien" expérimenté, informé de la possibilité d'une crise. Il porte un gilet de sauvetage adapté pour maintir le visage hors de l'eau en cas de perte de conscience.

Le risque de noyade est toujours présent dans les activités sportives ou récréatives en canoë ou en kayak. Il peut être considérablement réduit par l’accompagnement et la formation des nouveaux pratiquants, par l’équipement individuel adapté, par l’activité en groupe et par la formation continue. Les facteurs de risque liés à la santé doivent être écartés par un examen médical ou gérés par des coéquipiers avertis.

Références bibliographiques
- Grippon P & col. : Les accidents de submersion au cours de la pratique du canoë-kayak. Approche épidémiologique, physio-pathologique et clinique. Colloque médico-sportif F.F.C.K.,Nevers,1996.
- Heluwaert A : considérations médicales sur la pratique du canoë-kayak par grand froid. CKI N°93, 2002, consultable en pdf (112 Ko.)
- Heluwaert A., Pointurier Pierre-Alain : Danger barrage !
- Melin B, Savourey G : Sports et conditions extrêmes : incidence cardiovasculaire des efforts de longue durée et des températures extrêmes (chaleur, froid). Rev Prat 2001;51:28-30
- Tipton M., Eglin C, Gennser M, Golden F : Immersion deaths and deterioration in swimming performance in cold water. Lancet, 1999 ; 354.