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Les désagréments dus à la vie marine
(côtes de France métropolitaine)

Page réalisée par Alain HELUWAERT
docteur en médecine, médecin du sport
mise à jour le 25/07/2011

 

Sur notre littoral métropolitain, vous n’aurez pas à redouter la ciguatera, mais les Dinoflagellés (Péridiniens) qui peuvent avoir des effets nocifs. Pas de requins mangeurs d’homme, ni de raies venimeuses, encore faut-il se méfier des vives, des rascasses, des oursins et  des méduses.

Les proliférations du phytoplancton (eau colorée)

La nocivité produite par les proliférations du phytoplancton est variable : certaines micro-algues n’ont pas d’effet sur l'être humain, d’autres sont toxiques à très faible concentration. Deux mécanismes sont en cause :
- une irritation directe de la peau, des voies respiratoires et digestives survient lors du passage dans un aérosol riche en micro-organismes comme Ostreopsis ovata ;
- une intoxication alimentaire suit la consommation de coquillages qui ont accumulé une toxine : les manifestations peuvent être digestives (diarrhée), neurologiques (paralysies, amnésie).
Des proliférations du phytoplancton peuvent se manifester par des écumes abondantes et nauséabondes qui recouvrent les plages et le matériel (Phaeocystis dans le Pas de Calais), sources de désagréments visuel et olfactif plus que de risque sanitaire.

Les risques liés à ostreopsis ovata
Ce micro-organisme de la famille des Dinoflagellés envahit progressivement les côtes de la Méditerranée et a atteint récemment la côte d’Azur. Il se manifeste par la présence épisodique d’un mucilage visqueux sur les rochers et d’une mousse de couleur marron à la surface de l’eau, accompagnée de signes de souffrance des organismes marins. Les analyses ont montré que les agrégats présents à la surface de l’eau sont constitués de végétaux, de fragments de macrophytes, de plancton et de débris de crustacés agglomérés par du mucus. Ces éléments sont caractéristiques des proliférations d’Ostreopsis. La canicule, la mer calme pendant quelques jours, la richesse en éléments nutritifs favorisent son développement.
Les Ostreopsis produisent des palytoxines qui figurent, avec les ciguatoxines, parmi les toxines naturelles les plus violentes connues.
Des effets sanitaires ont été enregistrés sur le pourtour méditerranéen depuis 2002 et la première description précise concerne les épisodes de Bari, en Italie du sud, à la mi-août 2003 et au début de septembre 2004. En France, les premiers signalements sanitaires sont survenus en août 2006 et ont concerné des plongeurs fréquentant une calanque des îles du Frioul (Bouches-du-Rhône).
Les symptômes observés chez les personnes exposées aux aérosols marins (embruns) concernent essentiellement le rhino-pharynx et consistent en des phénomènes irritatifs ; les cas les plus graves ont présenté des difficultés respiratoires asthmatiformes. Des réactions cutanées à type d’urticaire et des irritations oculaires ont été observées. Les symptômes surviennent en moyenne trois heures après le contact (aérosols, mains souillées).
Aucune intoxication alimentaire liée à la présence d’Ostreopsis (palytoxicose potentiellement mortelle) n’a été déclarée à ce jour en Europe (contamination potentielle de coquillages et de piscicultures).

Navigation dans un zône suspecte
Il faut, à titre préventif, tenir compte des informations diffusées dans les médias locaux sur une éventuelle zône suspecte (îles du Frioul) et établir le plan de navigation en conséquence. Les personnes allergiques (asthme) ou immunodéprimées sont particulièrement concernées.
La présence d'une substance visqueuse sur les rochers et d’une mousse de couleur marron à la surface de l’eau doit inciter à quitter la zone, le plus rapidement possible et en évitant de passer sous le vent.
Le port de vêtement mouillés est susceptible d’occasionner des éruptions cutanées du fait du contact prolongé entre la peau et les algues emprisonnées dans le vêtement : au sortir de l’eau, se doucher et se laver de manière à se débarrasser de tout contact avec les algues.
En cas de troubles évocateurs, contacter le Centre anti-poisons le plus proche.

Intoxication digestive par le phytoplancton
Le réseau de surveillance du phytoplancton et des phycotoxines (Rephy) de l’Ifremer assure la surveillance des espèces phytoplanctoniques présentes dans le milieu littoral et la détection de toxines dans les coquillages.
Les troubles apparaissent de trois à douze heures après l'ingestion des coquillages contaminés, en fonction du niveau de contamination. Les toxines résistent à la cuisson.
Les toxines diarrhéiques sont produites par des espèces de Dinophysis qui prolifèrent régulièrement sur le littoral de Normandie, de Bretagne, des Pays de Loire, du Languedoc-Roussillon et de la Corse. Les moules sont les plus rapidement contaminées, mais tous les bivalves sont concernés : coques, amandes, palourdes, donax et huîtres.
Les toxines paralysantes proviennent d'espèces d'Alexandrium : elles provoquent un engourdissement des extrêmités (mains, pieds). Les épisodes toxiques sont, jusqu'à présent, resté localisés à la Bretagne nord (Rance, Abers, baie de Morlaix) et à l'étang de Thau. Toutes les espèces des coquillages peuvent être atteintes.
Les toxines amnésiantes sont produites par quelques espèces de Pseudo-nitzschia. Des troubles digestifs (nausées, vomissements, douleurs abdominales) sont suivis de troubles neurologiques (maux de tête, troubles de la mémoire) parfois de convulsions et de coma. Leur présence a été détectée depuis 2000 dans l'Ouest Finistère puis sur le littoral méditerranéen. Les coquillages concernés sont les moules, les donax et les coquilles Saint-Jacques (baie de Seine, rade de Brest, Morbihan).La décontamination peut se prolonger sur plusieurs semaines.
Ces contaminations sont à l’origine d’interdictions préfectorales de vente et de ramassage de coquillages. La prudence élémentaire consiste à respecter ces interdictions relayées par les médias locaux. Le phénomène se déclare généralement lors des périodes de forte chaleur, dans des eaux calmes. Le traitement des troubles est symptômatique. Quelques décès ont été rapportés chez des personnes fragilisées.

Algues vertes
Les gaz émis lors de la putréfaction d'amas d'algues vertes peuvent être asphyxiants lorsqu'une poche de gaz crève sous le poids d'un animal, d'un passant, voire d'un kayak. Il est prudent de s'abstenir d'embarquer ou de débarquer dans de tels endroits.

Animaux marins dangereux
Vives et rascasses

Ces poissons possèdent un appareil venimeux : les vives ont des épines au niveau des nageoires dorsales et des éperons operculaires. Les rascasses ont douze épines dorsales, trois épines anales et deux épines pelviennes auquelles sont accolées des glandes venimeuses. L’envenimation est possible lors de la saisie à la main du poissonpendant la pêche, lors de la marche sur le sable où une vive est enfouie (en période de frai : printemps, été), lors de la manipulation d’un poisson mort qui reste venimeux.
Lors de la piqûre de vive apparaît immédiatement une douleur violente vite intolérable par libération locale d'histamine qui s'étend vers la racine du membre et dure quelques heures (jusqu'à 24h) . Elle s’accompagne d’un gonflement dur (oedème) de la zone envenimée. La piqûre de rascasse saigne beaucoup et entraîne une douleur intense gagnant le membre en quelques minutes avec un œdème persistant plusieurs jours.
R
etirer les fragments d'épine accessibles à la pince à épiler.
Ces venins étant thermolabiles vers 50-60° pourraient être détruits par la chaleur : il est préconisé d’approcher le bout incandescent d’une cigarette au plus près supportable du point de piqûre, le plus précocement possible et le temps de la combustion de la cigarette (attention risque de nécrose cutanée !) . L'immersion précoce et prudente (brûlure !) dans l'eau chaude peut être efficace.
Une consultation médicale est conseillée pour extraire l’épine, faire une prévention du tétanos et traiter la douleur et l’inflammation.
La prévention
passe par le port de chaussures ou botillons de nautisme, le port de gants en néoprène pour la pêche à pied, en plongée ou à la ligne.

Méduses
Les méduses sont urticantes, voire allergisantes. Il faut enlever les débris de filaments en frottant doucement avec de l’eau de mer ou de l'eau salée (9g/l), l'eau douce faisant éclater les vésicules, et du sable. Certaines sont venimeuses, ce qui est exceptionnel sur nos côtes.

Oursins
Les oursins habitent les zones côtières ; malgré leur sensibilité aux brusques variations de salinité, de température, de luminosité et au ressac violent, leur caractère herbivore les fait proliférer dans les régions polluées par les engrais azotés.
La pénétration d’épine d’oursin provoque une vive douleur ; les piquants, fragiles, cassent et abandonnent leur extrémité dans les tissus cutanés et sous-cutanés. Faute d’extraction complète des piquants, une réaction à corps étranger, un pseudo-panaris non infectieux, une exceptionnelle surinfection à Mycobacterium marinum peuvent se développer. Sous nos latitudes il est exceptionnel que l’épine soit venimeuse (douleur, malaise, nausées, troubles neurologiques)…

La prévention des envenimation par vive ou des piqûres d’oursins passe par le port de chaussures plastiques ou chaussons néoprènes avec semelles et une manipulation prudente de ces animaux.

Phoques
Bien que les phoques de nos côtes (veaux marins) semblent mignons et inoffensifs, se rappeler qu'il s'agit d'animaux sauvages et qu'il faut les laisser tranquille. S'ils sont acculés ou s'imaginent menacés, ils peuvent réagir par l'attaque. Lorsqu'un animal malade est échoué sur la plage, il faut se tenir à distance et contacter le Centre de recherche sur les mammifères marins (CRMM) par téléphone au 05 46 44 99 10 ou prévenir les autorités (pompiers, gendarmerie, sémaphores, mairie, préfecture, police) qui alerteront les services d'intervention. La manipulation des mamifères marins, qu'il soient morts ou bien encore vivants, est interdite aux personnes non autorisées.
Une morsure d'un phoque justifie une visite au service des urgences le plus proche (parage de la plaie et antibiothérapie).

Bibliographie
• Aubry P, Gaüzère: splendeurs et dangers de la faune marine. Xavier Montauban; éd. scientifiques, 2010, 157p.
• Ehrhardt JP, Seguin G : les dangers de la vie marine. Que sais-je? 1998 ;PUF, Paris, FRANCE (Monographie) ; vol. 3413, 127 p.
• Kermarec F, Dor F : Risques sanitaires liés à la présence d’Ostreopsis ovata dans les eaux de baignades ou d'activités nautiques ; note 2007 ; Département santé environnement de l’Institut de veille sanitaire.